Sur la scène du théâtre du Vaudeville, au début de l’année 1912, l’actrice Eve Lavallière apparaît vêtue du manteau la Perse que Paul Poiret créa dans un tissu inventé par Raoul Dufy. La comédienne joue dans les favorites, une pièce d’Alfred Capus. Elle y tient le rôle de Lucie Brévin, une veuve courtisée par le ministre de l’instruction publique.

Cette robe “en satin blanc avec traîne à plis d’ampleur, décolleté carré, manches courtes bouffantes, à décor de hautes quilles alternées de tailles inégales prenant naissance dans la bordure du bas et venant mourir vers la taille” appartenait à l’impératrice Joséphine et avait été envoyée en restauration chez François-André Picot, brodeur officiel de l’Empereur au début des années 1800. Elle ne fut jamais réclamée et est restée oubliée dans les réserves de l’atelier pendant toutes ces années. La maison Picot-Brochard la met en vente le 4 décembre prochain, cette pièce exceptionnelle est estimée entre 60.000 et 80.000 €.
Les amoureux d’art déco sont gâtés ces jours-ci avec la vente de la collection du château de Gourdon les 29, 30 et 31 mars 2011. Cette collection réunit des oeuvres des créateurs emblématiques de la première moitié du XXème siècle. Ruhlmann, Mallet Stevens, Dunand, Eileen Gray, Chareau, Pierre Legrain, Adnet, les frères Martel, Boris Lacroix, Charlotte Perriand, Herbst et bien d’autres sont au rendez-vous de ce cette vente. Certaines pièces attirent particulièrement notre attention pour leur lien avec le monde de la mode. On retrouve ainsi sous le lot 75, le tapis de Pierre Legrain qui trônait dans le grand salon du studio de Jacques Doucet, à Neuilly. Le couturier de la rue de la Paix associa son nom et ses moyens à la reconnaissance de l’art déco. Madeleine Vionnet, qui fut modéliste pour Jacques Doucet figure également dans cette vente avec notamment une spectaculaire table à jeux que Jean Dunand créa spécialement pour son domicile parisien du square Antoine Arnauld. Présenté dans une salle recouverte des boiseries Palmiers de Dunand, la mise en scène de ce lot (numéro 23) a été particulièrement réussie lors de l’exposition des pièces au Palais de Tokyo. L’ensemble est composé d’une table et de 4 ingénieux fauteuils aux dos et aux assises escamotables. En position basse, les chaises forment ainsi avec la table un cube de laque noire, une forme simple, proche de la recherche d’épure chère à Vionnet. Cette création unique du maître-laqueur avait déjà connu le feu des enchères en 1985 à Drouot, lors de la vente Mobilier Art Deco, Madeleine Vionnet, souvenirs de Jacques Doucet, l’estimation aujourd’hui de 3 à 5 millions d’euros en fait l’une des pièces les plus attendues de la vente.
Les catalogues de la vente sont disponibles sur le site de Christie’s.
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La Gazette du Bon Ton est une revue de luxe lancée en France en 1912 par Lucien Vogel. Henri Bidou dans le premier numéro justifie le nom retenu: « On a nommé cette revue la Gazette du Bon Ton. Pour être de bon ton, il ne suffit pas d’être élégant. On est élégant de cent façons et même avec scandale: le bon ton est le même pour tous. L’élégance change: le bon ton ne varie pas; elle suit la mode, il suit le goût. » Interrompue pendant la guerre, la parution de la Gazette reprend en janvier 1920. Sa diffusion aux Etats-Unis s’appuie alors sur Condé Nast; mais pour pouvoir être distribuée outre-atlantique la revue doit changer de nom. L’utilisation des mots « Bon Ton » sur le territoire américain est en effet à l’époque la prérogative exclusive de la société S. T. Taylor. Le titre français évoquait une ancienne publication de mode, le nouveau titre américain évoquera lui aussi un journal de mode français fondé par La Mésangère: le Bon Genre. C’est ainsi que la Gazette du Bon Ton en traversant l’atlantique devint la Gazette du Bon Genre.
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Anna Wintour a profité de la fashion week londonienne pour dévoiler les premières images de l’exposition « Savage Beauty » que le Costume Institute va consacrer à Alexander McQueen à partir du 2 mai.
Symboliquement c’est à l’hotel Ritz que la conférence de presse s’est tenue, là-même où McQueen présentait sa première collection « Taxi Driver » en 1993.
Thomas Campbell, le directeur du Met, et Andrew Bolton, conservateur du Costume Institute, ont tous deux souligné dans leur intervention la grande valeur artistique du travail de McQueen pour qui la mode a été le support d’expression d’une vision esthétique forte.
L’exposition du Costume Institute sera structurée en regroupements thématiques et présentera près de 100 pièces exceptionnelles couvrant toute la carrière du créateur, depuis « Nihilism » en 1994 jusqu’à la collection posthume « Angels & Demons » de l’année dernière.
Les très belles images du catalogue sont signées Sølve Sundsbø qui a photographié les modèles sur mannequins vivants pour un mouvement parfait avant de les effacer et laisser toute la place aux créations d’Alexander McQueen.

Les travaux actuellement en cours au Palais Galliera nous donnent l’occasion d’une nouvelle exposition hors de ses murs après celle sur les créations textiles de Delaunay et Gontcharova au Musée d’Art Moderne. Cette fois-ci, c’est le musée Bourdelle qu’investit l’équipe de Galliera. Le charmant musée du sculpteur accueille donc à partir du 25 mars l’exposition « Madame Grès, la couture à l’oeuvre ». Après la villa d’Hyères en 1992, le Metropolitan en 1994, le musée de Bourgoin-Jallieu en 2004, Paris va enfin rendre hommage à Madame Grès. Pendant plus de 60 ans Germaine Krebs crée dans la capitale. Elle commence tout d’abord par des chapeaux pour le Bon Marché puis créé ensuite des robes pour les femmes. C’est sous le nom de mademoiselle Alix puis de Madame Grès qu’elle acquiert sa notoriété. C’est son plissé légendaire qui sera l’empreinte de son style jusqu’à la fermeture de sa maison de couture en 1988. Dès les années 1930, elle sculpte des vêtements, jouant sur les volumes, moulant les corps dans des fourreaux. A l’aide d’un jersey de soie spécialement créé pour elle, Madame Grès inventait des silhouettes intemporelles qui se jouent encore aujourd’hui des modes éphémères. On attend donc avec impatience, nos turbans vissés sur la tête, l’ouverture de l’exposition et bien entendu le catalogue qui l’accompagne.
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Exposition Madame Grès, la couture à l’oeuvre du 25 mars au 24 juillet 2011
Musée Bourdelle, 16 rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
www.bourdelle.paris.fr
C’est le dessinateur Jean Ozenne avec lequel il vit un moment quai Henri IV, qui inspire à Christian Dior l’idée de faire des croquis de mode. L’illustrateur Max Kenna lui apprend à tenir un pinceau et à utiliser la couleur. Les débuts sont laborieux, mais Dior persévère soutenu notamment par Michel de Brunhoff, le directeur du Vogue France. 1937 marque un tournant et la fin de son apprentissage; ses dessins sont alors appréciés et attendus. Il les vend d’ailleurs aux couturiers mais aussi au Figaro pour illustrer les pages féminines. Nous avons également récemment découvert que Christian Dior avait travaillé avec la revue Croquis des Editions Bell. Durant la guerre, ces éditions ne pouvaient pas avec les restrictions de papier en vigueur continuer à faire paraître tous leurs magazines. Croquis fusionna ainsi les titres Créations Pariennes et Chapeaux Elegants. On trouve dans le numéro du printemps 1942, des illustrations signées Christian Dior. Elles ne manquent pas d’humour. Compte tenu de la diffusion réduite du magazine, les exemplaires de ces numéros de guerre sont rares, découvrez les ici. A propos des croquis de mode préparatoires à ses robes, Dior déclarait dans son autobiographie Christian Dior et moi : « La grande erreur des écoles de dessins de mode est d’apprendre à faire des épures, des schémas abstraits. pour exciter la verve d’une première et la mienne, un croquis doit suggérer une démarche, une allure, un geste; il doit déjà évoquer une silhouette en action, il doit être déjà de la vie ».
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L’exposition que consacre le Victoria & Albert Museum aux ballets russes vaut le détour. « Diaghilev and the golden age of the ballets russes 1909-1929″ permet notamment à ses visiteurs d’admirer une spectaculaire toile de scène du Train Bleu reproduisant sur plus de 100m2 (10.4 m x 11.7 m) le dessin de Picasso « 2 femmes courant sur la plage ». A proximité de cette gigantesque toile, se trouve un rideau de scène de même ampleur que Natalia Goncharova avait peint pour l’Oiseau de Feu. Inutile de dire que les occasions de voir ces 2 pièces ont été rares depuis 1924 et 1926 et qu’elles le resteront encore une fois l’exposition démontée. Les oeuvres sélectionnées par Jane Pritchard, la conservatrice en charge de la danse et du théâtre au V&A présentent à la fois le parcours du fondateur et l’extrême richesse artistique des spectacles des ballets russes. L’exposition est remarquable grâce à la réunion des maquettes de Benois, les aquarelles de Bakst, les costumes de Chanel ou de Picasso qui donnent une idée de la modernité et de la force d’invention des créations de la troupe de Diaghilev. Malgré tout, on sort du musée avec l’impression d’avoir survolé des ballets sans qu’aucun n’ait bénéficié d’une présentation permettant d’apprécier tout à la fois ses décors, ses costumes, sa musique et sa chorégraphie. Cela nous réserve de futures expositions.
L’exposition se tient jusqu’au 9 janvier 2010.
Pour découvrir les coulisses de l’exposition à travers le blog de Jane Pritchard, cliquez ici.
Pour découvrir les fabuleuses couvertures des ballets russes par Bakst et Valentine Gross, cliquez ici.



